Séance de psychomotricité : quelle place pour les parents ?

Aurélie Philemy
21/03/2023
Deux adultes et un enfant pendant une séance de psychomotricité

Pourquoi accueillir les parents pendant vos séances de psychomotricité ?

Expliquer les choses avec pédagogie

Il n’est pas toujours facile pour les parents de se représenter ce qui se passe de l’autre côté de la porte.

Vous avez beau et beau leur expliquer, transposer les mots en images est souvent bien plus complexe que l’inverse.

En acceptant leur présence en séance, vous ne « dites » plus rien : au contraire, vous leur montrez.

De cette manière, la famille se rend mieux compte de ce qui est fait. Vous pouvez souligner les progrès de l’enfant en direct et expliciter en détail l’intérêt de faire tel ou tel exercice…

Finalement, les parents deviennent acteurs dans la rééducation des troubles psychomoteurs de leur enfant.

Favoriser la répétition en dehors du cabinet

S’entraîner au cabinet, c’est bien (et même très bien).

Mais s’entraîner en dehors des séances de psychomotricité, c’est encore mieux !

À la maison, dans la cours de récré, dans un parc et avec les copains : il y a plein de moments où nous pouvons répéter ce qui a été vu avec le praticien ou la praticienne.

D’ailleurs, ce n’est pas un secret : c’est grâce à la répétition que nous pouvons apprendre plus efficacement.

Vous rappelez-vous lorsque vous avez appris à écrire, par exemple ? Vous deviez, encore et encore, écrire la même lettre jusqu’à ce que le geste devienne automatique.

Et c’est la même chose pour tout ce que nous faisons dans la vie : que ce soit apprendre à conduire, à jouer d’un instrument de musique, etc.

Malheureusement, l’enfant, de lui-même, ne va pas forcément reprendre ce qu’il ou elle a vu en séance.

C’est là que les membres de la famille interviennent : en ayant vu ce qui a été travaillé avec le psychomotricien ou la psychomotricienne, ils peuvent inviter l’enfant à refaire ces mêmes exercices. Ce peut être des choses aussi variées que :

  • lui proposer d’aller sur la poutre qu’il ne franchit pas d’ordinaire au parc ;
  • sortir un puzzle ;
  • le laisser découper une forme lui-même, en le guidant de la même manière que le ou la thérapeute.

Faire intervenir les 2 parents dans l’apprentissage

Ainsi, que ce soit pour améliorer sa coordination, sa motricité globale ou sa motricité fine, son sens de l’orientation ou sa gestion émotionnelle, les parents ont un rôle essentiel dans l’apprentissage des plus petits.

Après avoir observé la manière dont la rééducation psychomotrice est menée, les parents peuvent plus facilement orienter l’enfant lors de ses jeux.

D’ailleurs, si les 2 parents sont présents à la séance de psychomotricité, c’est encore mieux ! En effet, d’une personne à l’autre, les informations retenues ne sont pas les mêmes. Nous ne voyons pas les choses de la même manière. Et pourtant, nos visions et nos regards se complètent bien souvent : ce que l’un·e n’a pas retenu, l’autre s’en souviendra sûrement.

Ceci est avantageux dans de nombreuses situations :

  • si l’un des parents n’est pas présent, l’autre peut intervenir tout de même (dans le cas où l’enfant aurait besoin, par exemple, d’apprendre à gérer sa colère) ;
  • si l’un des parents est lui-même ou elle-même en proie à une émotion forte, l’autre peut prendre le relais.

Et puis, cela permet d’éviter que la charge mentale liée à l’éducation ne se repose que sur les épaules d’une seule personne…

Comprendre l’environnement de l’enfant

En tant que thérapeutes, comprendre l’environnement de l’enfant est essentiel pour vraiment individualiser la prise en charge.

Mais où trouver l’information qui nous permettra d’avoir une connaissance vraiment fine de cet environnement ?

Bingo : ce sont les parents qui peuvent nous la donner.

Or, nous n’avons jamais vraiment l’occasion de leur parler, si ce n’est dans la salle d’attente.

Malheureusement, le temps à disposition y est très limité. De plus, les parents pourraient se sentir gênés par la présence d’autres personnes.

Dès lors, il peut nous être difficile de savoir quels conseils donner aux parents pour construire un environnement qui accélère vraiment la rééducation psychomotrice.

Mais, à l’inverse, dès que les parents sont présents en séance, les langues se délient et de nombreuses informations sont dévoilées.

Même les non-dits sont très révélateurs. Observez le langage, corporel ou oral, de chaque membre de la famille : remarquez-vous des moqueries ? Ou, au contraire, de nombreux encouragements ?

Dans tous les cas, cela donne des signes quant à l’environnement affectif de l’enfant : autant d’indices qui vous permettront de pousser les parents vers un environnement de plus en plus adapté à l’épanouissement des petits.

Limiter l’absentéisme

Dans les cabinets médicaux, les rendez-vous manqués sont malheureusement loin d’être une légende. Entre les nouveaux patients qui ne viennent pas toujours à leur première séance et ceux qui, à force de jongler entre tous les rendez-vous, oublient de prévenir de leur absence, les thérapeutes ne sont pas à l’abri d’un tel phénomène.

C’est pourquoi, aujourd’hui, de nombreuses méthodes sont employées par les professionnels et professionnelles pour éviter ce risque.

En ce qui concerne les séances de psychomotricité, nous vous en proposons une nouvelle ! La présence des parents pendant les séances de travail.

En effet, en vous observant travailler avec leur enfant, la famille comprend mieux l’intérêt réel de ces séances. Dans son esprit, elle peut substituer la réalité à ce qu’elle imaginait (une séance de jeux).

Ceci contribue alors à limiter l’absentéisme.

Créer un lien de confiance

Non seulement leur présence limite les risques d’absence, mais en plus un lien de confiance se crée entre les familles et les thérapeutes !

En effet, le parent sait désormais ce que, en tant qu’auxiliaire médical, vous faites avec leur enfant :

  • peut-être avez-vous mis en place un parcours moteur pour stimuler les sens proprioceptif et kinesthésique ;
  • peut-être réalisez-vous des jeux rééducatifs en vue d’améliorer l’autonomie de l’enfant lors de l’habillement ou de la prise des repas ;
  • peut-être, aussi, recentrez-vous l’enfant sur ses émotions, ses sensations, via une thérapie par le jeu.

Bref : les parents comprennent que vous n’êtes pas seulement en train de jouer. Bien au contraire !

Cette meilleure connaissance leur permet, peu à peu, de vous faire mieux confiance et de s’ouvrir davantage à vous. Sans doute pourrez-vous découvrir des choses que jamais vous n’auriez découvert lors d’une courte discussion dans la salle d’attente…

Par ailleurs, ce lien de confiance favorise le changement.

En effet, nous demandons souvent aux parents d’évoluer quant à leur manière d’accompagner leurs enfants, que ce soit au niveau des gestes de la vie quotidienne, des devoirs ou de l’environnement affectif.

Or, en tant qu’êtres humains, il nous est plus facile de suivre des conseils lorsqu’un lien fort de confiance est établi… n’est-ce pas ?

Enfin, ce lien de confiance n’est pas seulement créé entre le ou la thérapeute et les membres de la famille… Il peut aussi se tisser de manière étroite entre l’enfant et ses parents !

Car la séance de psychomotricité est aussi l’occasion d’offrir à ces derniers un temps de qualité avec leur enfant, en dehors des heures de travail et du quotidien.

L’enfant doit-il à tout prix conserver son espace durant les séances de psychomotricité ?

Vous êtes épaté·e par la longue liste d’avantages liés à la présence des parents en séance de psychomotricité ?

Pourtant, vous avez quand même encore des doutes : après tout, ne vaut-il pas mieux que l’enfant ait un espace à soi ? Où il / elle peut s’exprimer librement ?

En vérité, cela n’est pas si essentiel.

En effet, l’enfant est très dépendant·e de ses parents, dans tous les aspects de sa vie : au quotidien, dans son travail scolaire, dans sa gestion émotionnelle…

Les parents représentent alors des figures essentielles dans le développement de l’enfant.

Travailler sans ces figures, finalement, c’est un peu comme s’ajouter un handicap supplémentaire : il va manquer un gros bout de la vie de l’enfant.

Au contraire, permettre aux parents d’être présents lors de la thérapie contribue aussi à la prise en charge de l’enfant.

D’ailleurs, en tant que psychomotricien·ne, vous pouvez en effet agir comme un médiateur de la relation parents/enfant.

Il y a de la colère dans l’air ? Expliquez aux parents pourquoi l’enfant présente tel ou tel comportement. Une meilleure compréhension de l’autre peut contribuer à diminuer la colère, qu’elle soit tournée vers l’enfant ou vers soi-même.

Il suffit parfois d’un rien : 2 ou 3 phrases peuvent désamorcer bien des situations conflictuelles.

Séances de psychomotricité avec les parents : quelles sont les difficultés rencontrées ?

Bien sûr, vous l’aurez deviné : chaque décision présente ses avantages… comme ses inconvénients.

Ainsi, si la présence des parents est bienvenue lors des séances de psychomotricité, il ne faut pas oublier les quelques difficultés que cela peut engendrer.

 

La présence de personnes supplémentaires lors de la séance requiert plus d’attention.

Gérer plus d’une personne peut parfois être complexe. Davantage d’émotions circulent et il s’agit de savoir les détecter et les prendre en charge.

Si, en plus, le frère ou la sœur est présent·e à la séance (par manque d’autre solution pour le/la garder), cela peut devenir encore plus compliqué !

Pour gérer cette situation, nous pouvons proposer à la sœur ou au frère des jeux adaptés à son âge. Nous pouvons aussi essayer de trouver un autre moyen de garde pour l’autre enfant.

Dans tous les cas, la priorité restera toujours l’enfant pris en charge.

Néanmoins, n’oublions pas le parent ! Même si ce cas est heureusement rare, ce dernier peut se moquer de l’enfant : il s’agit alors de régler cette situation au plus vite, les moqueries pouvant avoir un impact très délétère sur l’évolution de l‘estime de soi l’enfant.

Travailler tout en étant observé n’est jamais facile.

Les médecins généralistes pourront, d’ailleurs, certainement vous en toucher 2 mots !

Bien sûr, il est tout à fait légitime de craindre un jugement ou de faire une erreur.

Heureusement, l’erreur est humaine ! De plus, elle est souvent rattrapable et ne témoigne en rien de votre efficacité en tant que thérapeute.

D’ailleurs, peut-être même que les parents ne se rendront même pas compte de vos erreurs, si vous en commettez !

Les membres de la famille peuvent ne pas avoir le temps de venir.

Oui, cela arrive : nous avons tous et toutes des emplois du temps relativement chargés.

Dès lors, comment faire pour arriver à trouver du temps pour la séance de psychomotricité de son fils ou de sa fille ? Si cette dernière a lieu en plein après-midi, il est possible que les parents ne puissent pas venir.

Par ailleurs, avec les activités des autres frères et sœurs, comment s’aménager du temps pour être présent partout à la fois ? Le clonage n’est pas (encore) une option valide.

Dans ce cas, 2 solutions :

  • demandez à ce que les grand-parents viennent ;
  • réclamez la présence des parents au moins une fois par mois ou une fois par trimestre, selon leur disponibilité.

Les parents peuvent dire des choses négatives sur leur enfant.

Dans ce cas-là, aucune hésitation : il faut gérer cette situation en priorité.

Nous ne le rappellerons jamais assez : tisser un lien étroit entre l’enfant et ses parents est essentiel pour lui permettre de s’épanouir pleinement.

Heureusement, le conflit peut être désamorcé.

Toutefois, que faire lorsque la relation est véritablement toxique ? C’est notamment le cas lorsque :

  • le parent continue de se moquer de sa progéniture au fil des séances ;
  • vous sentez que l’enfant ne veut pas que son père ou sa mère soit présent·e ;
  • vous pensez que l’enfant a des choses à dire mais se retient du fait de la présence des parents.

Dans ces cas, vous séparer du parent lors des séances, temporairement ou non, peut devenir la meilleure solution.

Pour cela, vous pouvez expliquer que l’enfant a grandi, que ce sera maintenant plus efficace pour vous d’être seul·e avec lui ou elle.

Résumé et conclusion de l’article

Nous ne vous le cachons pas : accepter des membres de la famille lors des séances de rééducation peut engendrer quelques difficultés.

Néanmoins, les bénéfices retirés de cette pratique sont si nombreux qu’il serait dommage de passer à côté !

Rappelons pourquoi il est si intéressant d’accueillir les parents pendant vos séances :

  • pour  que les parents puissent voir concrètement le travail effectué, les progrès, les difficultés ;
  • pour favoriser les jeux et activités adaptés en dehors de la séance de psychomotricité ;
  • pour accélérer les progrès ;
  • pour comprendre dans quel environnement vit l’enfant ;
  • pour créer un lien de confiance entre les parents, l’enfant et le ou la thérapeute.
    • Nous venons de vous présenter les avantages et les inconvénients d’une telle pratique.

      Mais, comment, concrètement, gérer de telles séances ?

      C’est justement ce que nous explique Aurélie Philemy, psychomotricienne, dans la capsule 6 de sa formation Comment aider les enfants à réguler leurs émotions.

      Elle y détaille notamment le rôle des parents dans la gestion émotionnelle des plus jeunes et comment les intégrer dans vos séances de travail. Envie de connaître cette nouvelle approche ? Découvrez tout le programme de notre formation !

    L’Autrice

    Aurélie Philemy
    Je suis Aurélie Philémy, psychomotricienne depuis 15 ans, installée à Chalon-sur-Saône en libéral depuis 2013. J'attache particulièrement une importance aux enfants qui ont des besoins spécifiques, mais pas seulement. Je travaille avec les parents présents pendant les séances et aborde particulièrement le soutien parental et la gestion des émotions.

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