Vladimir

19/02/2021
jeune homme en manque d'écoute active de la part de son entourage

L’importance de l’écoute active

J’aimerais raconter une anecdote qui m’a particulièrement marqué avec un adulte de l’IEM (Institut d’Education Motrice) (24 ans).  

J’anime un groupe sur le schéma corporel/ yoga/expression corporelle avec de jeunes adultes à l’IEM. Ils sont 4 à y participer depuis quelques années. Depuis la formation sur la « gestion émotionnelle de l’Enfant » par Aurélie PHILEMY, et à la suite d’un événement dans l’IEM, j’aborde à chaque séance les émotions. On en discute, ce que les jeunes ont peu la chance de faire ailleurs.

Il y a deux semaines, un des participants, Vladimir, pousse des cris dès qu’il entend que j’arrive dans la salle. Je sens directement qu’il n’est pas dans un état émotionnel optimum. Je sens une certaine tension mais je commence le rituel de début.

Les indices de Vladimir

Je commence à observer chez Vladimir des balancements, des petits bruits gutturaux et l’oeil vigilant. Je commence à parler comme à notre habitude maintenant des émotions. Et là, Vladimir se ferme comme une huitre (roule en boule). Un autre participant me parait pas du tout à l’aise (oeil vif toujours en train de regarder de coin Vladimir, très tonique, bégaye beaucoup plus qu’à son habitude). Je vois bien qu’il a peur (relation entre eux compliquée amour/haine/sexualité). Je lui dit « Alexis, je sens que tu as peur de Vladimir» Il n’ose pas me répondre, je l’incite à dire qu’il a peur. Il le dit à ma grande surprise avec beaucoup de bégaiement mais le dit quand même. Je lui demande s’il a peur de Vladimir ou s’il a peur des réactions de Vladimir quand il est dans cet état. Il me répond : « Ses réactions ». Je lui demande de le dire à haute voix devant tout le monde. Lorsqu’il l’a dit, j’ai vu un relâchement tonique important comme s’il pouvait s’autoriser à avoir peur, qu’un adulte s’était enfin rendu compte de son émotion.  

l'absence d’écoute active peut engendrer un renfermement sur soi de l'enfant

J’interroge Vladimir pour savoir ce qui a pu se passer pour qu’il soit dans cet état : aucune réponse et augmentation des balancements. En discutant avec les autres, ils m’annoncent que Vladimir va recevoir la visite de sa maman dans quelques jours et qu’il vient d’être mis au courant. (Pour l’histoire, Vladimir est placé à temps plein à l’IEM, il n’avait jusqu’à présent que des relations téléphoniques une fois par mois avec sa maman et ça allait être la deuxième visite médiatisée de la maman. Son histoire est empreinte de violence en tout genre. Même s’il a fait beaucoup de chemin, il a toujours des accès de violence très importants, envers lui et de plus en plus rarement envers les autres).

La compréhension de l’écoute active

Je sens que l’on touche à quelque chose de l’ordre de la tempête émotionnelle à l’intérieur de lui. Je lui dis. Je le préviens que je vais m’approcher doucement de lui et mettre ma main sur lui pour lui montrer que je suis là. Un autre jeune me dit : « Attention tu vas t’en prendre une ». Je lui réponds que non, que malgré toutes les émotions qui l’habitent, il sait que je ne veux que l’aider et qu’il ne me fera pas de mal. Je pose ma main sur lui, il augmente ses sons de gorges (troublants quand même) mais aucun geste de violence. Je lui parle des émotions que doivent provoquer cette rencontre avec sa maman. Je lui dis « Tu as sûrement peur de cette rencontre. » : son guttural. Je poursuis : « Tu dois être également en colère contre ta maman » : léger balancement. Et voyant quelques réactions, je continue et lui dis : « je ne sais pas vraiment mais moi je pense que ta maman te manque aussi » et là , il se redresse d’un coup et me regarde droit dans les yeux, un regard si intense que j’ai eu l’impression d’être électrocuté tellement son regard me disait  : « tu as trouvé ».

Je ne sais pas vraiment mais je pense que rarement, on lui a dit que sa maman pouvait lui manquer malgré tout leur passé commun. Suite à ça, je lui ai dit que le groupe devait commencer mais que ma porte restait ouverte s’il voulait venir en parler plus tard. Le fait de faire de l’écoute active a arrêté totalement la crise qui était pour ma part inévitable à un moment ou un autre de la journée (c’est toujours comme ça chez lui avec les grosses émotions). J’ai été bluffée, touchée et secouée par ce moment.  

Marina Boulanger, psychomotricienne

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